archives (11/2006)
25.11.2006:Les Nouveaux Albums en librairie
Les éditions Jean-Michel Place viennent de publier le catalogue de l’exposition des Nouveaux Albums des Jeunes Architectes. L’ouvrage rédigé par le journaliste Cyrille Poy dresse le portrait des 22 équipes lauréates qui présentent chacune une sélection de leurs projets. Un peu d'auto-promotion ne fait pas de tort...
Fiche Technique:
Rédaction: Cyrille Poy
Portraits: Gaston Bergeret
Graphisme: Philippe Diversy
Coordination éditoriale: Carine Merlino / Anavril Wollman
Coordination : Quitterie Delègue- Jutta Nachbauer (DAPA) / Myrima Feuchot- Christine Carboni (IFA)
© Éditions Jean-Michel Place, 2006
ISBN 2 85893 875
205 p. - 22 €
17.11.2006:Une esthétique du quotidien
Les photographies de dms explorent les territoires urbains en révélant méthodiquement les signes issu des objets quotidiens. L’univers de dms s’échappe du contexte: les villes agitées deviennent des traits abstraits, des textures. Presque pas d’âme qui vive: parfois la silhouette d’une statue, parfois l’ombre de gens, fantomatiques ou pétrifiés. Une impressionnante galerie de photos sur le site de l’auteur: dmsphoto
15.11.2006:Trois fictions pour Europan
Avec un certain retard, voici un triple projet qui avait été conçu pour la huitième session du concours Europan. Un projet qui s’est construit à la fois en réaction aux thèmes génériques du programme, mais aussi une échappée à nos pratiques propres. Le choix de fictions architecturales comme méthode de projet s’est imposé par la volonté d’ancrer sans ambiguïté cette contribution dans le débat théorique propre à un concours d’idées. Si deux des trois propositions ont reçu une mention du jury, il faut remarquer que pour la première fois la publication européenne a abandonné l’introduction critique qui précédait les ouvrages précédents. Ainsi, comme dans nombre de parutions, l’exercice se réduit une fois de plus à un catalogue de projets qui se voudraient concrets -mais en fait parfaitement virtuels- plus qu’à un support au débat d’idées...
Europan, huitième session.
Pour la première fois, plusieurs propositions peuvent être simultanément rendues au concours.
Pour la première fois, la question rituelle du choix d’un site et de la réponse propre à ce site s’élargit.
Trois projets présentant une commune parenté ou plutôt un projet décliné sur trois sites différents.
Un projet qui peut-être n’aurait pu se matérialiser qu’en deux avatars ou, au contraire, en quatre ou cinq ou plus. Il se fait qu’il y en a trois.
Sintra, Alcázar de san Juan, Maribor.
Un lien invisible les relie. Un lien idéalisé, lien délibérément péremptoire. Un lien comme point de départ, une borne à partir de laquelle on peut arpenter une étendue. Un projet préalable au projet, un méta-projet en quelque sorte.
Ma démarche s’est constituée à partir de règles prédéterminées, des règles normatives initiales, des règles délibérément rigides et volontairement sans nuance.
Ces règles mises en place n’ont explicitement pas d’orientation économique, administrative ou constructive: il faut le voir comme une série de choix personnels, d’intuitions, de sensations diffuses, imaginées et même rêvées. Des choix dictés aussi par la remise en cause d’une architecture que dominent des conventions établies.
Des règles dictatoriales? Non, un outil de conception, une manière de fixer un cap, a priori. Une manière de créer une infrastructure de conception du projet.
Règle n°1
Le projet s’implantera en dehors de tout tissu urbain existant.
Règle n°2
Le projet est orienté selon les points cardinaux, quelle que soit la configuration du site; l’adaptation aux trames éventuellement existantes n’est pas recherchée.
Règle n°3
Le projet est implanté sans transition avec son environnement immédiat; il n’y aura pas de planification paysagère des abords.
Règle n°4
L’implantation bâtie est rigoureusement carrée; il n’y aura pas d’orientation privilégiée.
Règle n°5
Le paysage environnant ne sera pas instrumentalisé comme agrément aux logements; il lui est préexistant, il lui survivra.
Règle n°6
Les occupations environnantes qui existent sont maintenues; toute forme d’aménagement tendant à subordonner l’environnement du projet est proscrite.
Règle n°7
L’autonomie fonctionnelle du projet est à éviter.
Règle n°8
L’habitat constituera la destination principale ou même exclusive de l’implantation bâtie; la diversité fonctionnelle sera considérée dans une échelle plus large, dépassant l’échelle de l’implantation bâtie.
Règle n°9
Chaque logement sera conçu comme un volume capable libre de toute contrainte d’occupation; le cloisonnement fixe se limitera aux stricts impératifs techniques.
Règle n°10
Chaque logement est conçu suivant une double hauteur intégrale; l’occupation libre de la troisième dimension sera privilégiée.
Échelles, multifonctionnalité, nature. (thèmes de la session Europan)
La généralité des thèmes transversaux de la session autorise une importante latitude de positionnement. Il faut considérer ces thématiques comme un instrument de conception à partir duquel un travail critique est possible.
Échelles :
L’idée d’échelle n’implique pas nécessairement une articulation progressive d’éléments structurant un territoire selon un mode ordonné.
L’articulation fine et graduelle d’échelles spatiales, d’unités fonctionnelles, de relations sociales, de perceptions sensibles n’est qu’une possibilité. Elle ne constitue pas une fatalité.
Le contraste, la rupture nette et franche d’échelles spatiales, la juxtaposition abrupte d’usages, le collage d’univers parallèles, utilisent une autre conception de l’échelle.
La spatialisation graduelle du territoire privilégie à mon sens une organisation rationnelle par laquelle on établit un rapport hiérarchique d’éléments constitutifs d’un système efficient.
Une pensée logique, décomposant un territoire en entités fonctionnelles de «grandeur conforme», pour reprendre la terminologie corbuséenne, chacune d’entre elles offrant une performance optimalisée.
Sans doute, la vision du territoire par contrastes procède-t-elle d’une pensée qui échappe à la seule logique fonctionnelle. Le contraste est une acceptation du contradictoire, une stimulation (ou même une exacerbation) des différences.
Il y a la recherche d’une collision de situations, d’une mise en situation de réalités distinctes se révélant l’une et l’autre.
Il y a le pari, par une opposition consciemment établie, d’une contradiction féconde, creuset de possibilités dépassant un scénario préétabli, chaque contraste ouvrant un continent de possibles imaginables.
La stratégie du contraste fait le pari d’un imaginaire créateur.
Multifonctionnalité:
Le multifonctionnalisme, c’est encore du fonctionnalisme.
L’un et l’autre supposent par hypothèse un territoire organisé suivant des critères de performance, de fonctionnement optimal.
Territoires, quartiers, bâtiments, autant d’entités autarciques, autant d’îles. Croyance en un projet global, perfection accomplie; rêve prométhéen. Les projets urbains contemporains proposent quantité de schémas, de diagrammes, de savantes combinaisons.
Une diversité fonctionnelle planifiée et anticipée: une diversité de laboratoire.
Je privilégie au contraire une spatialisation répétitive, outrancièrement répétitive, destinée principalement -ou même exclusivement- au logement, excluant toute tentation de créer un univers autosuffisant. Il n’y a pas de justification à cela, chaque site s’inscrivant dans un contexte proche déjà occupé.
Nature:
Il est sans doute vain de parler de nature dans le contexte actuel, du moins dans son acception rousseauiste. Il y aurait plutôt, dans un environnement planifié par l’Homme, des friches, des zones d’incertitude, quelques lacunes dans une page déjà largement écrite.
L’aménagement du territoire tend inlassablement à instrumentaliser et à asservir l’environnement, à en transformer l’usage pour le rendre également exploitable.
La tentation d’un jardin total. La tentation de mettre sous contrôle, d’organiser, de normaliser, de civiliser. La tentation de transformer en parcs d’agrément tout espace vacant.
Le parc urbain, est un projet désespérément contradictoire: en organisant ces espaces pour mieux en admirer les qualités, on les tue, comme ce flocon de neige qu’on approche pour en observer les cristaux qui fondent inexorablement dans la paume d’une main.
L’environnement ne sera pas subordonné au projet, il ne sera structuré par lui en aucune façon.
Ce qui était là, en dehors du strict périmètre modifié par le projet, restera.
Potagers, élevages, terrains de jeux improvisés, chemins tracés par les usages, tous resteront.
Quant aux loisirs organisés, les nombreuses zones récréatives, sites touristiques, centres de vacances, parcs d’attractions existants et à venir suffiront amplement.
Alcázar.
Blottie sur elle-même, pour mieux oublier cette plaine aride, jaune paille ou rouge ferrugineux.
Le site, hors la ville. Relégué. Une maison de retraite côtoie une usine de traitement de déchets, sinistre rapprochement. Franchise involontaire.
Surgit un carré de 144 mètres de côté, artifice anormalement vertical.
23 tours disposées régulièrement sur cette base carrée, étendue régulière de céramique bleue. Ciel en miroir. 23 tours de 144 mètres de haut, cube implicite, cube noir qui se détache de l’azur.
23 tours répétant inlassablement un empilement d’unités de six mètres de haut, librement constitués d’un ou deux logements. Fragiles masses de brique sombre, effilées à l’extrême. Percées de meurtrières régulières, répétées à l’infini. Masse sombre percée de trous plus sombres encore. Forêt de briques s’offrant en paysage à elle-même. Contrepoint à la ville.
876 logements. Pas loin de 3000 habitants. À la mesure de la démesure du programme, une démesure exaltée, libérée de toute rationalité.
876 unités. Un volume capable de six mètres de haut. Volume à occuper librement, une fois les contraintes techniques implantées. Des boîtes, chambres mobiles, forment une structure implicite et mouvante. Leur toit est praticable, une échelle discrète y mène. Bureau, salon privé, jeux, point de vue sur un paysage intérieur.
Sintra
Un carré de 70 mètres de côté. Une surface parfaitement plane. Une surface lisse dans une nature ondoyante. Une surface bleue dans un maquis verdoyant. Une surface irréelle, pur artefact.
Bleu. Souvent étranger au vivant, bleu pourtant omniprésent. Le ciel et la mer.
Manuel Ier fit découvrir l’azulejo au Portugal, à Sintra exactement. Souvenir ébloui de l’Alhambra de Grenade.
Un carré de 70 mètres de côté, creusé dans la roche, imperceptible depuis la vallée, où domine la lointaine silhouette du Palacio da Pena, caprice wagnérien d’un Saxe-Cobourg excentrique.
Un carré où s’abrite, par soustraction, une vingtaine d’habitations. Une masse percée de cours, blanches, régulièrement disposées. Une masse percée de failles discrètes: un escalier étroit y conduit de la lumière aveuglante de la surface céramique à la fraîcheur et l’intimité de l’habitat.
22 logements. Un volume capable de cinq mètres de haut. Volume à occuper librement, une fois les contraintes techniques implantées. Des boîtes, chambres mobiles, forment une structure implicite et mouvante. Leur toit est praticable, une échelle discrète y mène. Bureau, salon privé, jeux, point de vue sur un paysage intérieur.
Chaque habitat s’ouvre sur un patio qui lui est propre, seul contact direct avec l’extérieur, lumière changeante. À l’autre extrémité du volume, une surface diaphane, opaline, intemporelle: briques de verre prolongeant le vertige géométrique de la céramique carrée, omniprésente.
Maribor
Vallée de la Drave, fleuve issu des Alpes autrichiennes, toutes proches. Vallée fertile, vignobles deux fois millénaires. Ville industrielle, ville rurale aussi.
Le site, périphérique, subordonné au centre, héritant jusqu’il y a peu de ses déchets.
Pobrežje, antithèse de la ville historique.
Un carré de 160 mètres de côté. Surface hérissée, écailles scintillantes, mer de verre, serre habitée.
Une surface à peine posée sur le sol, surface à peine hors le sol, carré bleu s’offrant au regard des montagnes qui enserrent la plaine. Icône abstraite, repère autoroutier.
Un carré, entre ville et ruralité, entre machine à habiter et machine à cultiver.
Un carré, trame régulière, infrastructure accueillant 80 logements. Des logements temporaires.
Monde intérieur, colonie insensible aux saisons, bleu permanent que la neige hivernale n’atteint pas, surface immuable.
Surface percée de jardins clos, seul contact extérieur des logements.
80 unités de logements. Un volume capable de cinq mètres de haut. Volume à occuper librement, une fois les contraintes techniques implantées. Des boîtes, chambres mobiles, forment une structure implicite et mouvante. Leur toit est praticable, une échelle discrète y mène. Bureau, salon privé, jeux, point de vue sur un paysage intérieur.
04.11.2006:Journal fp
Le journal de fp, revu et corrigé, est arrivé. Il sera présenté et distribué à l’exposition des Nouveaux Albums des Jeunes Architectes (NAJA) ce mardi 14 novembre. Pour ceux qui n’y seront pas, il est disponible en téléchargement en basse résolution (modems 56k) et en résolution normale (modems ADSL).